Un concept séduisant...
L'ACWR (Acute:Chronic Workload Ratio), popularisé par Gabbett (2016), compare votre charge récente (souvent 7 jours) à votre charge habituelle (souvent 28 jours). Un « sweet spot » entre 0,8 et 1,3 promettait une zone sûre pour progresser.
...mais des critiques sévères
1. Le couplage mathématique (Lolli et al., 2019)
Dans la formule classique, la charge aiguë (numérateur) est incluse dans la charge chronique (dénominateur). Cela crée une corrélation artificielle entre les deux, indépendamment de toute réalité biologique.
2. La démonstration d'Impellizzeri (2021)
C'est l'une des études les plus marquantes. Les chercheurs ont remplacé la charge chronique réelle par des valeurs aléatoires et ont obtenu :
- ACWR original : OR = 2,45
- ACWR avec charge chronique aléatoire : OR moyen de 1,89 (de 1,42 à 2,70 selon les tirages)
- Capacité de prédiction très faible : c-statistic de 0,574, à peine mieux que le hasard (0,5)
Leur conclusion : l'ACWR semble n'être qu'une simple remise à l'échelle de la charge aiguë, sans information supplémentaire.
3. L'essai randomisé de Dalen-Lorentsen et al. (2021)
Le seul essai randomisé testant une gestion de la charge basée sur l'ACWR, chez 482 jeunes footballeurs d'élite pendant une saison de 10 mois : aucune réduction des problèmes de santé (65,7 % dans le groupe ACWR contre 63,8 % dans le groupe contrôle).
4. Même Gabbett a nuancé
Hulin et Gabbett (2019) ont reconnu publiquement qu'une association ne valait pas une prédiction, et Gabbett (2020) rappelle que la charge n'explique qu'une partie du risque de blessure.
Pourquoi Tortue conserve une tendance de charge
Malgré ces critiques, le principe sous-jacent reste valide : éviter les hausses brutales de charge est une bonne pratique. Calculé avec des moyennes pondérées (EWMA) et des périodes aiguë et chronique séparées pour éviter le couplage mathématique, ce ratio reste un indicateur de tendance utile, à condition de l'utiliser avec modestie.
Dans Tortue, cette tendance est :
- Un indicateur parmi d'autres, secondaire par rapport aux pics de séance
- Jamais présentée comme un prédicteur de blessure
- Affichée seulement après 6 semaines de données, quand elle devient stable
- Tempérée par votre ressenti : une tendance élevée sans pic de séance et avec un bon bien-être laisse le feu au vert
- Expliquée en langage simple : « Ta charge récente est plus élevée que d'habitude » plutôt que « ACWR = 1,6 »
Les autres signaux que nous intégrons
- Pics de séance (Frandsen et al., 2025) : le signal principal
- Questionnaire de bien-être (Saw et al., 2016)
- Monotonie (Foster, 1998)
- Douleurs et sommeil
Références
- Gabbett TJ (2016). The training-injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? Br J Sports Med.
- Lolli L, et al. (2019). Mathematical coupling causes spurious correlation within the conventional acute-to-chronic workload ratio calculations. Br J Sports Med.
- Impellizzeri FM, et al. (2021). What Role Do Chronic Workloads Play in the Acute to Chronic Workload Ratio? Time to Dismiss ACWR and Its Underlying Theory. Sports Med.
- Dalen-Lorentsen T, et al. (2021). Does load management using the acute:chronic workload ratio prevent health problems? A cluster randomised trial of 482 elite youth footballers of both sexes. Br J Sports Med.
- Hulin BT, Gabbett TJ (2019). Indeed association does not equal prediction: the never-ending search for the perfect acute:chronic workload ratio. Br J Sports Med.
- Gabbett TJ (2020). Debunking the myths about training load, injury and performance. Br J Sports Med.
- Frandsen et al. (2025). How much running is too much? Identifying high-risk running sessions in a 5200-person cohort study. Br J Sports Med.
Tortue applique ces principes pour toi. Note tes sorties et ton ressenti, et reçois chaque jour un feu vert, orange ou rouge. Gratuit, sans publicité.